Ce qu'il reste de toi et moi - Interview avec Lylian et Sophie Ruffieux
Lylian et Sophie Ruffieux racontent une histoire d’amour émouvante. Nous vous proposons de découvrir les coulisses de cette création.
« Ce qu’il reste de toi et moi » raconté par Lylian et Sophie Ruffieux
Racontez-nous votre rencontre ?
Sophie : Nous nous sommes rencontrés à Paris, sur le salon du livre jeunesse de Montreuil, en décembre 2017. Je m'en souviens très bien. C’était comme une évidence. Nous avons rapidement souhaité travailler ensemble.
Et peu de temps après, l'univers nous a envoyé un très beau projet : l'adaptation de Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une de Raphaëlle Giordano. Je pense pouvoir dire que ce fut également le début d'une belle amitié. C'est suite à cette première collaboration que l'idée de Ce qu'il reste de toi et moi est née, sur une proposition de Lylian.
Lylian : Dans la vie, on fait beaucoup de rencontres. Certaines rencontres permettent de tisser des liens plus forts, plus vrais, plus intenses.
Depuis le premier jour, nous avons avec Sophie une simplicité relationnelle et artistique évidente, comme si on parlait le même langage intellectuel, sensible et artistique. Ce qu’il reste de toi et moi est né de notre précédent ouvrage, comme une évidence : il fallait qu’on raconte une nouvelle histoire de couple !
Votre album commence par 40 pages muettes d'une clarté incroyable. Comment ces pages ont été construites ?
Sophie : Quand Lylian m'a proposé de faire toute une partie sans texte, je me suis dit : super challenge, allons-y ! On va faire la part belle au dessin, je vais me faire plaisir. À la base, il y a surtout, et avant tout, un scénario très précis de Lylian. Ces 40 premières pages sont très détaillées, probablement même plus que celles contenant des dialogues.
Le choix des situations, des regards, tout part d'une proposition de Lylian.
Je dirais qu'ensuite, il y a comme une synergie organique, une résonance dans notre collaboration. Nos idées se répondent et s'amplifient
mutuellement. Donc le storyboard vient traduire de façon assez précise l'intention du texte de Lylian. Du moins, c'est ce que j'essaie de
faire, en y ajoutant ma touche personnelle. Travailler les regards en coin, les sourires, les postures pour que l'émotion que j'ai ressentie à
la lecture du scénario soit présente dans le dessin.
Il y a évidemment, des allers-retours, des échanges. Mais dans l'ensemble, c'est très fluide entre nous.
Lylian : L’idée du premier tiers était d’utiliser aucune forme de langage audio ou textuel. On regarde ce couple, qui se rencontre, s’attire et commence à vivre ensemble, sans les mots. La fluidité du rendu graphique de Sophie, autant sur le plan des émotions que des actions, est remarquable.
L'histoire est très touchante. On se demande obligatoirement si c'est du vécu ?
Sophie : C'est à la fois une histoire singulière, celle d'Entso et d'Armelle, mais aussi, une histoire universelle, celle d'un couple. On y a forcément mis beaucoup de nous-même. Mais je pense pouvoir dire que Lylian est très présent dans cette histoire, notamment lors de la séquence du dîner. Ce qu'il reste de toi et moi, c'est beaucoup de Lylian
Lylian : Pour répondre pleinement et honnêtement à la question : oui. Le récit est construit à partir de milliers de petits moments vécus, disséqués, enregistrés. A partir de là, j’ai choisi de mélanger qui je suis et ce que j’ai pu vivre dans les deux personnages à la fois, pour brouiller les pistes et éviter l’autobiographie et surtout pour donner une vie à Armelle et Entso. Avant tout, je pense que Sophie et moi voulions créer un couple dans lequel l’identification est possible pour le plus grand nombre.
C’est là une grande responsabilité du travail des artistes : dire des choses de la vie commune, de nos vies personnelles, à travers des personnages à qui on fait vivre des événements beaux ou horribles… et qui portent nos visions de la vie.
Est-ce difficile d’écrire un récit pareil ? Est-ce difficile de l'illustrer ?
Sophie : Côté dessin, il n'est pas toujours facile de trouver la justesse, la précision que demande certains échanges, certaines situations. Mais c'est également ce que je préfère travailler. Donc pour moi, c'est avant tout un grand plaisir d'essayer de trouver le bon trait, le bon ton grâce au dessin et à la couleur qui vient renforcer certaines ambiances. J'ai eu un peu peur des scènes d'amour, inévitables sur un tel sujet. Finalement, une fois que les personnages étaient maîtrisés, ça s'est plutôt bien passé.
Lylian : Oui, c’est difficile à écrire. Pour de multiples raisons. La première est qu’il faut éviter à tout prix tous les clichés de relation qu’on voit dans les films, qu’on lit dans les livres. C’est comme errer dans un labyrinthe d’émotions et de sensations, sans avoir le plan.
Mais, c’est cette difficulté qui rend l’aventure passionnante. En fait, je m’étais donné des interdits : pas de violence physique, les mots servent autant à mentir qu’à dire la vérité, les personnages ne portent pas de jugement sur l’autre. L’idée était de construire une sorte de conte réaliste moderne autour d’une idée : est-ce que l’amour disparaît quand on se sépare de corps. Les autres idées sont venues naturellement ensuite. Nous espérons que des personnes seront touchées par les chemins des deux personnages, homme et femme.