Nouvelle Chine - Entretien avec Clarke
Dans un Berlin occupé par la Chine, l’inspecteur Eberhart tente de mettre fin à une série de meurtres sans l’aval de ses supérieurs.
Dans Nouvelle Chine, Clarke, l’auteur de Mélusine, prend à nouveau un chemin de traverse et revient avec un polar uchronique aussi noir que l’avenir qu’il dépeint.
La genèse de ce projet date du début de la pandémie de Covid 19. Pouvez-vous nous expliquer comment est-il né ?
Clarke - Le scénario est né d’une réaction assez négative. Je n’en suis pas fier mais bon, il faut dire que la période était assez déstabilisante pour tout le monde… J’en ai eu vite assez de tous ces témoignages très simplistes qui fleurissaient un peu partout sur la pandémie. Et surtout des « récits » qui se contentaient de relayer, au premier degré, ce qui arrivait à cette planète. Chacun sa façon d’appréhender ça, évidemment, mais la mienne a plutôt été de détourner cette expérience, de m’en servir comme carburant pour voyager beaucoup plus loin : du pangolin à la dictature mondiale. Hum.
Cette uchronie semble construite sur des bases solides. Quelle est la part de documentation dans ce projet ?
Beaucoup de documentation, bien sûr. Des recherches historiques pour ne pas dire trop de bêtises, des lectures sur les propagandes en tous genres, pas mal de films sur la Chine d’aujourd’hui pour essayer de mieux comprendre.
Et aussi, dans un coin de ma tête, le souvenir du Secret de l’Espadon de Jacobs que j’ai toujours adoré… et qui me faisait bien flipper aussi.
Votre maîtrise du noir et blanc est impressionnante (on dirait du Andréas) était-ce une évidence pour raconter cette histoire ?
Houlà, du Andréas ? Merci (je suis un grand, grand fan)… Le noir et blanc est une seconde nature, chez moi. Plutôt même un première nature : je ne suis absolument pas coloriste et je n’y entends rien. J’aime la lumière, les ombres, les vides et les pleins, et les équilibres et déséquilibres.
J’aime faire tenir mes planches seules et déteste l’idée de devoir imposer à quelqu’un la tâche de rattraper mes manquements par la couleur. Ce qui est paradoxal, c’est que je suis synesthète : je vois la musique en couleurs. Mais sur un dessin, bernique.
D’ailleurs, entre Mélusine et Nouvelle Chine, quel grand écart ! Comment gérez-vous ces changements réguliers de narration dans votre production ?
Il n’y a rien de spécial à gérer, je pense… C’est comme tout le monde : un jour, vous racontez une anecdote sérieuse ou triste, le lendemain vous faites rire une tablée avec une bonne blague. Le tout avec le même zèle et la même générosité, je présume. Il se trouve que ça s’applique, dans mon cas, également au dessin. Et puis, j’aime l’idée de ne pas me lasser…